CONFERENCE SPORSORA : SPORT ET MEDIAS

 

 

La semaine dernière (oui je sais, ça date déjà mais j’ai pas eu le temps d’écrire avant …), j’ai eu le plaisir d’assister à la conférence Sport et médias organisés par Sporsora dans les locaux de France Télévisions. Le plateau était plutôt garni avec Daniel Bilalian, Directeur Général adjoint de France Télévision en charge des sports, Laurent-Eric Le Lay, Directeur Général du Groupe Eurosport que j’avais eu le plaisir d’interviewer lors du Global Sports Forum, François Morinière, Directeur Général de l’Equipe, François Pesenti, Directeur Général de RMC, Martin Rogard, Directeur Général de Dailymotion et Eric Florand, en charge de la communication au sein de la Ligue Nationale de Handball.

J’avoue que je ne savais pas trop à quoi m’attendre avec cette conférence. En règle générale, ce type de conférence n’est que l’occasion de banalités et de discours convenus et politiquement corrects mais là, pour le coup, je fus très agréablement surpris.

Le début du débat, animé par Bruno Fraioli, journaliste chez Stratégie et présentateur de l’émission Sport Eco le samedi sur BFM radio, a été assez timoré, chaque acteurs présentant tour à tour sa vision du sport et du modèle économique qu’il met en place au sein de son média. La vision partagée par tous les intervenants a été assez bien résumée par Daniel Bilalian : « les chaines doivent proposer un spectacle sportif et pas seulement le flux ».

En effet, il est clair que, dans l’univers de plus en plus concurrentiel de la médiatisation du sport, proposer les images brutes ne suffit plus. Les fans et les non-fans qui picorent le sport à l’occasion des grands événements ne seront pas captés par une retransmission sans âme ni vie. « Il faut éditorialiser le sport » confirme Laurent-Eric Le Lay qui partage également l’analyse selon laquelle, pour un média, le sport ne peut plus être mono canal mais doit se diversifier sur différents supports (à commencer par le web en attendant une expansion significative des médias mobiles. Mais, selon lui, la TV reste le meilleur moyen de consommer du sport en direct car le rendu est plus agréable.

En est venu la question du modèle économique de diffusion de contenu sur Internet. Si pour Le Lay, il est indispensable de relayer sur Internet les images produites pour la télévision, cette diffusion se doit d’être payante pour lutter contre le piratage et aider au financement du sport (ce point fera fortement débat plus tard dans la conférence).

Ce modèle du payant sur Internet trouve aussi un écho favorable dans les propos de François Morinière, qui, a mon grand regret, a confirmé que L’Equipe garderait son grand format (575 X 410) plutôt que de passer un format plus facile d’utilisation comme le Berlinois (470 X 320 – format du Monde ou des Echos) ou Tabloïd (410 X 290 type Le Parisien ou Libé). Voilà qui devrait faire pester mes voisins de métro pendant quelques années encore et qui confirme le conservatisme du quotidien le plus lu des français (2,347 millions de lecteurs par jour – Epiq 2011).

Après ce petit aparté, revenons au cœur du sujet. Pour Morinière, les modèles gratuits et payants sont complémentaires et lequipe.fr, site d’actu sportives le plus visité en France (plus de 4,6 Vu par mois), propose du contenu gratuit tout en vendant la version informatique du PDF quotidien. Ajouter à cela l’apport de L’Equipe TV et des applications mobiles et autres widgets développés par le groupe et l’on voit clairement que L’Equipe utilise au mieux tous les moyens existants pour capter une audience et surtout, ne pas la lacher. Seule ombre au tableau dénoncée par Morinière, l’echec actuel du lancement de la radio l’Equipe. Ce projet est dans les cartons depuis quelques temps et le groupe comptait sur le lancement prochain de la radio numérique terrestre (en gros, la TNT sans les images) pour obtenir une fréquence et s’installer partout en France à moindre frais. Mais la RNT est remise aux calendes grecques en raison, selon Morinière, de la pression lobbyiste de 4 grands groupes de radio français.

Après les 3 « historiques » des médias, place aux « petits nouveaux » avec le trio RMC / Dailymotion / LNH (pas vraiment un média mais une stratégie originale).  Dès la prise de parole de Pesenti, on a senti le changement dans le ton, la stratégie et l’appétit des nouveaux venus. C’était un peu comme si on mettait face à face France Télécom (avant sa mutation vers Orange) et Free, ou EDF et Poweo.

Première différence notoire avec les précédents intervenants : chez les nouveaux, on ne jure que par le gratuit ! Pour François Pesenti, qui intervenait pour RMC mais aussi, plus largement, pour le groupe Next Radio TV dirigé par Alain Weill, il n’y a aucune raison d’abandonner le modèle gratuit qui a fait ses preuves jusqu’à présent. Mieux, Next attend avec une certaine impatience le lancement par le CSA de l’appel d’offres d’attribution des 2 canaux de TNT gratuite supplémentaires pour avancer sur son projet de chaine dédiée au sport. Bref, pas mal de projets et une position forte tournée vers les nouveaux médias et vers un modèle gratuit qui fait grincer quelques dents chez les historiques.

La problématique est la même chez Dailymotion et la Ligue Nationale de Handball. Difficile en effet de dissocier ces deux partenaires qui cherchent à insuffler un nouveau modèle économique à l’industrie du sport, un modèle dans lequel le cœur du dispositif n’est plus un média traditionnel (TV, radio, Presse) mais Internet.

Pour Martin Rogard de Dailymotion, l’arrivée dans le sport s’est faite tout naturellement, au moment où ils y ont vu une opportunité de fidéliser l’audience tout en proposant un contenu riche et légal. Après un filtrage très sérieux du contenu mis en ligne sur son site pour garantir l’absence totale de vidéos piratées de L1 et L2,  le site de partage de vidéo a acquis les droits de diffusion de résumés de match de Ligue 2 pour la saison en cours. Le refus de la part de son DG de révéler le montant versé pour ces droits a fait grincer des dents du côté de France Télévision et d’Eurosport, les premiers critiquant les « exclusivités » vendus par les ligues et les fédé aux TV, exclusivités que l’on retrouve sur toutes les chaines d’informations (BFM TV, représentée par François Pesenti, étant ici clairement visé) dans les 5 minutes suivants les rencontres. Les seconds reprochent à Dailymotion de ne pas participer au financement du sport de haut niveau en ne participant pas aux appels d’offres et en ne payant donc pas pour le contenu (propos démentis par Martin Rogard en mettant en avant l’achat des droits de la L2).

S’en est suivi un débat assez houleux sur le cas du Handball. Daniel Bilalian a à nouveau reproché avec véhémence les critiques qui ont suivies la diffusion de la finale du championnat du monde de Hand en précisant que France Télévisions avait respecté stricto-sensu ses obligations de diffuser la finale de grands événements internationaux. Il a justifié la décision de ne pas se porter acquéreur des droits de diffusion de l’intégralité de l’événement par le montant de ces derniers. S’en est suivie une charge en bonne et due forme contre Orange de la part de Bilalian qui voit l’opérateur comme « un fakir qui est venu déstabiliser le marché en achetant au prix fort les droits de la LNH. Il (leur) faut désormais adapter leurs attentes au prix du marché ». Pas sur que la ligue apprécie cette dévalorisation de son produit.

Dernière remarque intéressante avant de conclure, la phrase de Laurent-Eric Le Lay concernant l’investissement des sponsors dans le sport féminin. Pour lui, « il est plus intéressant pour un annonceur ciblant un public féminin d’investir dans la télé réalité que dans le sport féminin. » En effet, le sport, qu’il soit masculin ou féminin, est majoritairement consommé par des hommes. Du coup, en investissant dans le sport féminin, un sponsor ne touche pas forcément sa cible. Cela ne devrait pas aider le développement de la place des femmes dans le sport de haut niveau. Cela confirme également ce qu’il me disait à Barcelone sur le fait que, pour émerger médiatiquement, le sport féminin a besoin d’être soutenu par toutes les parties en présence (Fédé, ligue, équipe, médias, annonceurs …).

Après cette très longue synthèse, je retiendrai de cette conférence que les positions des médias dans le sport sont en train de changer et que les « historiques » semblent avoir du mal à accepter la nouvelle donne et notamment l’apport indéniable d’Internet. Les attentes du public sont en train de changer et la consommation multi-écran du sport de se généraliser. Il faut que tous les médias prennent conscience de cette nouvelle donne s’ils ne veulent pas perdre leur public. Certains semblent plus prêts que d’autres à effectuer ce changement. Mais pour que le sport conserve sa place centrale dans la vie économique et médiatique du pays, il faut que tout ce petit monde s’asseye autour d’une table et trouve un terrain d’entente profitable pour tout le monde. Peut-être une nouvelle mission pour Chantal Jouanno ?

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