UCPF : Le decrochage du foot francais !

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Chaque année qui passe génère le même constat. Petit à petit, le football français perd du terrain vis à vis de ses voisins européens. Beaucoup a été dit cet été sur l’injustice du Fair Play Financier qui ne prend pas en compte les dettes colossales des grands clubs étrangers et qui pénalise les « nouveaux riches » en les empêchant d’investir pour rejoindre le Gotha du football européen. Certes, le FPF est handicapant pour un club comme le PSG mais ce n’est pas lui qui freine les performances des autres clubs français en coupes d’Europe.

On nous parle aussi de la fiscalité française qui grève le budget des clubs de l’Hexagone, notamment depuis que l’on parle de la taxe à 75 %. Il est indéniable que les charges patronales et autres taxes auxquelles sont confrontés nos clubs est un frein au moment de la signature de grands joueurs ou lorsqu’il s’agit de garder les meilleurs joueurs formés en Ligue 1 et Ligue 2. Mais le mal n’est pas uniquement là.

Dans un rapport publié hier, l’UCPF (Union des Club Professionnels de Football) fait un état des lieux sans concession des nombreuses raisons qui rendent le foot français de moins en moins compétitif. Intitulé  » Le Décrochage », ce rapport a pour ambition de  » livrer un constat chiffré clair, objectif, et lucide pour dire où nous en sommes et pourquoi nous en sommes là, sans nous poser en victimes. « 

 Commençons par une synthèse de la Ligue 1 :

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Les principales différences identifiées, outre les charges, recettes et solidarité L1/L2, concernent la vente d’alcool, le fait que le conseil d’administration de la LFP ne soit pas uniquement composé de membres de clubs professionnels mais intègre l’ensemble des acteurs du football, et l’absence de Play-offs pour les montées / descentes.

Autres différente flagrante déjà évoquée précédemment, les charges sociales pour les joueurs. Le graphique ci-dessous parle de lui même, les joueurs payant 66 fois plus de charges en France qu’en Espagne par exemple.

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Pour renforcer cette impression, l’UCPF nous propose une comparaison de l’évolution des salaires et des charges sociales entre les saisons 2009-2010 et 2012-2013. Quand les salaires grimpent de 8,9 %, les charges augmentes de 25,5 % !

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Les charges patronales sont également beaucoup plus importantes en France, même si les proportions ne sont pas les mêmes que pour les charges sociales.

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Ces quelques exemples (le rapport complet en comporte bien d’autres) démontrent le fossé de compétitivité qui touchent le foot hexagonal. Mais les charges ne sont pas le seul problème soulevé ! Côté recettes, la France est également à la traine en comparaison aux championnats majeures. Ainsi, si le PSG, champion de France au printemps dernier, a reçu des recettes audiovisuelles supérieures au Bayern Munich, champion de Bundesliga, il est très loin des recettes de Manchester City, vainqueur de la Premier League. La tendance s’inverse au milieu de classement. Et le comble de la disparité touche le dernier du championnat. Cardiff City, 20ème de Premier League, a reçu 33 millions d’Euros de plus que le PSG ! Avec de telles disparités, difficile d’imaginer que le fossé se resserre prochainement !

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Autre disparité en termes de recettes : le sponsoring ! Si la L1 a progressé en 11 ans (entre 2001/2002 et 2012/2013), les recettes de sponsoring des autres championnats, qui partaient il est vrai de plus haut, ont atteint des sommes vertigineuses !

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Il en va de même pour les recettes de jour de match, où le club d’Arsenal représente à lui seul 78% des recettes « billetterie » globales de la L1 !

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Heureusement, le tableau n’est pas noir dans tout les secteurs (encore heureux !) et la L1 est le bon élève de l’Europe en termes d’endettement de ses clubs.

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La DNCG est la principale raison du faible endettement des clubs de l’élite française. Si cette dernière est parfois décriée pour sa rigueur (et pour rétrograder les mauvais payeurs), elle permet aux clubs de ne pas sombrer économiquement. Attention cependant à nuancer les causes de l’endettement des clubs. En effet, un club comme Arsenal, qui s’est endetté en construisant l’Emirates Stadium, a enrichit son club en devenant propriétaire d’un outil générant des revenus substantiels

Voici quelques uns des éléments que révèle ce rapport. Je vous invite à le consulter dans son intégralité sur le site de l’UCPF, c’est très enrichissant.

Maintenant, prenons un peu de recul et essayons d’analyser un peu ce décrochage du foot français. Si l’UCPF souhaite volontairement ne pas faire de recommandation et se veut « neutre » dans la retranscription d’informations chiffrées, il est évident que les données sélectionnées poussent le lecteur à identifier quelques tendances lourdes :

1) Les charges sociales et patronales sont beaucoup trop élevées en France

2) La répartition des droits TV, et notamment la solidarité L1/L2, déséquilibre le haut du classement vis à vis de ses concurrents

3) Les sources de revenus, que ce soit la billetterie, le sponsoring, ou les ventes associées les jours de matchs, sont inférieures en France et limitent la compétitivité des clubs de l’élite. Le focus sur la loi Evin et l’interdiction de vendre l’alcool dans les stades, de même que l’impossibilité pour une marque d’alcool de communiquer (manque à gagner estimé à 25 millions d’euros) n’est qu’un élément parmi tant d’autres mais probablement celui le plus impossible à modifier

4) Les faibles performances des clubs français en coupes d’Europe entrainent une baisse de l’attractivité de notre championnat tout en réduisant sa compétitivité en raison de l’exode des meilleurs joueurs qui engendrent une baisse d’intérêt et donc moins de recettes …

Ce cercle vicieux peut sembler insoluble et pourtant, en agissant sur un ou deux points, il semble possible de travailler sur les freins de notre championnat. La hausse de revenus liée à la construction de nouveaux stades, la présence d’une locomotive qui attire l’oeil étranger vers la L1, générant de nouveaux droits TV, sont deux pistes déjà en cours, auxquelles s’ajoutent la répartition sur 3 jours des journées de championnat, qui favorise les audiences.

Parmi les autres idées envisageables à court ou moyen terme, on peut penser à une réduction du nombre de clubs en L1, à la mise en place de Play-off,  à une baisse significative des charges (mais là, j’y crois pas trop ! Ce n’est pas dans l’air du temps !)

Mais de manière générale, pour être compétitif en Europe, il faut jouer la Coupe d’Europe et pas seulement essayer de se qualifier et envoyer l’équipe B ! Alors oui, l’exemple de Guingamp, presque qualifié pour les 16ème de l’Europa League et relégable en L1 ne va pas donner envie aux clubs de jouer l’Europe à fond mais c’est pourtant un bon moyen de permettre aux joueurs de s’aguerrir auprès de football différent et aux clubs de gagner en notoriété.

Et si la Ligue veut vraiment que les clubs jouent le jeu à fond, pourquoi ne pas prévoir une prime à la qualification qui serait déduite de ce que touche le club en cas de qualif ? Si rien ne change, il y aura bientôt seulement 2 clubs français en Champion’s League et l’écart se creusera encore plus !

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